Démembrement de propriété : le guide pour comprendre, investir et transmettre

Benoit Yerle
Actualisé le | Publié initialement le 10 avril 2016
Benoit Yerle | Conseiller en gestion de patrimoine
Démembrement de propriété : définition, fonctionnement et avantages fiscaux

Le démembrement de propriété en immobilier permet de séparer la nue-propriété et l’usufruit d’un bien. Il peut être utilisé pour investir en optimisant sa fiscalité ou transmettre son patrimoine. Découvrez comment fonctionne ce mécanisme particulièrement efficace pour bâtir un patrimoine solide sur le long terme.

Découvrez la définition et la logique de fonctionnement du démembrement de propriété en immobilier.

Le démembrement immobilier consiste à diviser le droit de propriété d’un bien en deux parties distinctes : la nue-propriété et l’usufruit. Ces deux droits appartiennent alors à des personnes différentes, chacune disposant de prérogatives bien définies.

Concrètement, si vous achetez un appartement en nue-propriété, vous êtes propriétaire des murs du bien, mais vous ne pouvez ni l’occuper ni percevoir de loyers pendant une période donnée. Ce droit revient à l’usufruitier tout au long du démembrement de propriété.

On distingue deux grandes formes de démembrement :

  • Le démembrement temporaire : il est défini pour une durée fixe, souvent comprise entre 5 et 20 ans. À l’issue de cette période, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété du bien, sans aucune formalité ni frais supplémentaires.
  • Le démembrement viager : il s’éteint au décès de l’usufruitier. Ce type de démembrement est fréquemment utilisé dans les stratégies de transmission patrimoniale.

Le démembrement de propriété trouve son fondement dans le Code civil, notamment aux articles 578 et suivants, qui définissent l’usufruit comme “le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, mais à la charge d’en conserver la substance”.

Dans la pratique, le démembrement peut intervenir dans plusieurs contextes :

  • La donation avec réserve d’usufruit : les parents donnent la nue-propriété d’un bien immobilier à leurs enfants tout en conservant le droit d’en jouir ou d’en percevoir les loyers leur vie durant ;
  • La succession, lorsque le conjoint survivant hérite de l’usufruit et les enfants de la nue-propriété ;
  • Les stratégies d’investissement visant à acquérir un bien à prix décoté en nue-propriété, que ce soit en immobilier direct ou via des véhicules d’investissement collectifs comme les SCPI (sociétés civiles de placement immobilier), tout en différant la perception des revenus ;
  • L’achat en démembrement croisé : les parents acquièrent l’usufruit d’un bien tandis que leurs enfants en achètent la nue-propriété. Chacun finance sa quote-part, mais pour sécuriser l’opération sur le plan fiscal, il est nécessaire que les enfants aient reçu au préalable une donation de sommes d’argent de la part des parents, utilisée pour financer la nue-propriété et mentionnée dans l’acte d’acquisition. À défaut, l’administration pourrait remettre en cause le montage et le traiter comme une transmission classique ;
  • La donation temporaire d’usufruit : un parent cède temporairement l’usufruit d’un bien à un enfant (étudiant, jeune actif), lui permettant de percevoir les loyers ou d’occuper le logement pendant une durée définie, tout en retirant le bien de son assiette IFI pendant cette période.

Le démembrement crée deux statuts juridiques distincts, chacun assorti de droits et obligations spécifiques.

Le nu-propriétaire est propriétaire du bien, mais son droit est temporairement limité. Il peut vendre sa quote-part ou la transmettre, mais il ne peut pas occuper le bien ni en percevoir les revenus tant que l’usufruit court.

Ses obligations sont également encadrées :

  • Il prend en charge les gros travaux au sens de l’article 606 du Code civil (remplacement de toiture, consolidation des murs porteurs, etc.) ;
  • Il ne bénéficie d’aucun revenu pendant la durée du démembrement, ce qui explique la décote appliquée au prix d’achat.
Si vous investissez dans la nue-propriété de parts de SCPI, la gestion des travaux reste prise en charge par la société de gestion.

En contrepartie, le nu-propriétaire n’est pas soumis à l’impôt sur le revenu foncier, ni à l’IFI sur le bien démembré (sauf exceptions), ce qui constitue un avantage fiscal non négligeable.

L’usufruitier dispose d’un droit d’usage et de jouissance sur le bien. Il peut :

  • Occuper le logement à titre de résidence principale ou secondaire ;
  • Le mettre en location et percevoir les loyers.

Globalement, l’usufruitier choisit librement le mode de jouissance du bien, à condition de ne pas en modifier la destination. Par exemple, un appartement ne peut pas être transformé en local commercial.

En contrepartie, il assume les charges liées à l’entretien courant, les réparations locatives et, le cas échéant, la taxe foncière.

Dans le cadre de l’investissement en SCPI, les charges sont supportées par la société de gestion. L’associé ne paye pas de taxe foncière en SCPI.

L’usufruitier a l’obligation de conserver le bien en bon état et de le restituer en fin de démembrement dans un état comparable à celui dans lequel il l’a reçu.

Dans certains montages, l’usufruitier est un bailleur social ou un opérateur immobilier qui assure la gestion locative pendant toute la durée du démembrement. C’est le cas notamment si vous investissez en nue-propriété dans un programme de démembrement immobilier sur une plateforme dédiée.

Temporaire ou viager, le démembrement ne répond pas aux mêmes objectifs selon la forme retenue. Voici les caractéristiques de chacun.

Le démembrement temporaire est le plus utilisé dans les stratégies d’investissement immobilier. Sa durée est fixée contractuellement, généralement entre 5 et 20 ans.

Les valeurs respectives de la nue-propriété et de l’usufruit sont déterminées par une clé de répartition définie à l’avance, en fonction de la durée du démembrement et des conditions du marché.

Deux profils d’investisseurs se distinguent naturellement :

  • L’investisseur cherchant un rendement immédiat préférera acquérir l’usufruit temporaire d’un bien, à un prix inférieur à la pleine propriété, pour percevoir les loyers pendant la durée convenue ;
  • L’épargnant avec un horizon de long terme optera pour la nue-propriété, en bénéficiant d’une décote significative sur le prix d’achat (souvent entre 30 et 40 %), avec la perspective de récupérer la pleine propriété à terme sans fiscalité additionnelle.
L’investissement en usufruit temporaire est possible via les SCPI, mais pas en immobilier en direct.

Concrètement, plusieurs voies permettent d’accéder au démembrement temporaire :

  • Acheter la nue-propriété d’un bien immobilier via un programme spécialisé, dont la durée de démembrement tourne en moyenne autour de 15 ans ;
  • Investir dans des SCPI en démembrement, qui appliquent la même logique à un parc immobilier diversifié constitué d’actifs loués à des entreprises ;
  • La donation temporaire d’usufruit, par laquelle un propriétaire cède temporairement la jouissance d’un bien à un tiers (souvent un enfant), tout en conservant la nue-propriété.

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Le démembrement viager répond avant tout à un objectif de transmission patrimoniale. Il est souvent mis en place dans le cadre d’une donation aux enfants, les parents conservant l’usufruit leur vie durant.

L’évaluation de la valeur respective de la nue-propriété et de l’usufruit suit le barème fiscal prévu à l’article 669 du Code général des impôts, qui tient compte de l’âge de l’usufruitier. Plus celui-ci est jeune, plus la valeur de l’usufruit est élevée.

Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue propriété
Moins de 20 ans90 %10 %
De 21 ans à 30 ans80 %20 %
De 31 ans à 40 ans70 %30 %
De 41 ans à 50 ans60 %40 %
De 51 ans à 60 ans50 %50 %
De 61 ans à 70 ans40 %60 %
De 71 ans à 80 ans30 %70 %
De 81 ans à 90 ans20 %80 %
91 ans et plus10 %90 %

À l’extinction de l’usufruit, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété du bien sans avoir à payer de droits de succession. En effet, le bien ayant déjà fait l’objet d’une donation, il est sorti de l’actif successoral du donateur au moment du démembrement.

Le démembrement viager constitue donc un outil efficace pour organiser la transmission d’un patrimoine immobilier tout en en réduisant le coût fiscal.

Une fois plein propriétaire, le bénéficiaire est entièrement libre de l’utilisation du bien : il peut l’occuper, le mettre en location ou le vendre.

Si le nu-propriétaire décède avant l’usufruitier, la nue-propriété entre dans sa succession et est transmise à ses héritiers. Dans cette situation, seule la valeur de la nue-propriété, et non celle de la pleine propriété, est prise en compte pour le calcul des droits de succession.

Le démembrement combine plusieurs avantages, à condition de bien identifier les profils d’investisseurs auxquels il est adapté.

Le démembrement de propriété peut s’adapter à divers profils d’investisseurs selon leurs objectifs :

  • Les contribuables fortement imposés qui n’ont pas besoin de revenus immédiats : l’achat en nue-propriété leur permet de se constituer un patrimoine à prix décoté sans alourdir leur fiscalité, puisqu’ils ne perçoivent aucun revenu foncier pendant la durée du démembrement.
  • Les futurs retraités qui souhaitent calibrer leur investissement pour que la fin du démembrement coïncide avec leur départ à la retraite : ils récupèrent alors la pleine propriété au moment précis où ils ont besoin de revenus complémentaires, en phase avec leurs premières pensions.
  • Les parents qui anticipent la transmission de leur patrimoine à leurs enfants peuvent conserver l’usufruit d’un bien tout en en donnant la nue-propriété, réduisant ainsi l’assiette taxable aux droits de succession.
  • Les personnes morales qui disposent d’une trésorerie excédentaire peuvent acquérir l’usufruit temporaire de parts de SCPI pour la faire fructifier sur un horizon défini à l’avance. Outre les revenus perçus, elles bénéficient d’un avantage fiscal spécifique : l’usufruit est amortissable comptablement, ce qui réduit le résultat net imposable de la société.

Prenez rendez-vous avec un conseiller en gestion de patrimoine pour déterminer si le démembrement immobilier est adapté à votre profil et pour être accompagné tout au long de votre investissement.

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Le démembrement immobilier offre plusieurs leviers d’optimisation fiscale :

  • Neutralité vis-à-vis de l’IFI (impôt sur la fortune immobilière) : le nu-propriétaire n’intègre généralement pas la valeur du bien dans son assiette IFI, celle-ci incombant à l’usufruitier ;
  • Absence de fiscalité sur les revenus fonciers pour le nu-propriétaire, qui ne perçoit aucun loyer pendant la durée du démembrement ;
  • Transmission optimisée : lors d’une donation avec réserve d’usufruit, les droits de donation ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété, et non sur la pleine propriété. Au décès de l’usufruitier, les enfants nu-propriétaires récupèrent la pleine propriété sans droits de succession supplémentaires.

Exemple pratique : un parent de 65 ans donne la nue-propriété d’un bien valant 400 000 € à son enfant. Selon le barème fiscal, la nue-propriété représente 60 % de la valeur, soit 240 000 €. Les droits de donation ne seront calculés que sur cette base, et non sur les 400 000 € en pleine propriété.

Il est aussi possible de profiter de l’abattement de droit commun sur les donations (100 000 € par parent et par enfant) pour réduire la base taxable.

Au décès du parent usufruitier, l’enfant récupère automatiquement la pleine propriété du bien, sans avoir à s’acquitter du moindre droit de succession supplémentaire : la transmission a déjà eu lieu fiscalement au moment de la donation.

Si l’enfant décide de revendre le bien à ce moment-là, le calcul de la plus-value est particulièrement avantageux. En effet, le prix d’acquisition retenu par l’administration fiscale est la valeur de la pleine propriété au jour de la donation, soit 400 000 €, et non le prix payé pour la seule nue-propriété (240 000 €).

La reconstitution de la décote échappe donc totalement à l’impôt sur la plus-value. Seule la hausse éventuelle de la valeur de la pleine propriété entre la date de donation et la date de revente sera taxable.

L’opération de démembrement immobilier suit un processus précis, alliant aspects juridiques, fiscaux et pratiques.

Voici les étapes clés d’une opération de démembrement immobilier :

  • Sélection du bien et définition des droits : identification de l’actif immobilier, durée du démembrement, répartition des rôles entre nu-propriétaire et usufruitier ;
  • Évaluation de la valeur des droits selon le barème fiscal (pour le démembrement viager) ou selon une clé de répartition contractuelle (pour le démembrement temporaire) ;
  • Formalisation chez le notaire : pour un bien immobilier en direct, le passage devant notaire est obligatoire. L’acte authentique mentionne explicitement les droits et obligations de chaque partie. Notez que pour un investissement en parts de SCPI démembrées, la souscription se fait directement auprès de la société de gestion, sans intervention notariale.
  • Vie du démembrement : l’usufruitier gère le bien, l’occupe ou en perçoit les revenus, et en assure l’entretien courant.
  • Fin du démembrement : à l’extinction de l’usufruit (arrivée du terme ou décès), le nu-propriétaire devient plein propriétaire de droit et sans coût supplémentaire.

La revente d’un bien immobilier démembré est possible, mais elle nécessite l’accord des deux parties : le nu-propriétaire et l’usufruitier. Le prix de vente doit être réparti en fonction de la valeur respective de la nue-propriété et de l’usufruit.

Pour un démembrement viager, la répartition se fait selon le barème fiscal de l’usufruit viager à l’âge de l’usufruitier au moment de la vente ou selon une méthode d’évaluation économique essentiellement basée sur la rentabilité du bien.

La fiscalité sur la plus-value est également calculée de manière proportionnelle : chaque partie est imposée uniquement sur l’augmentation de valeur correspondant à ses droits.

Avant toute revente, il est recommandé de faire évaluer les droits par un professionnel (notaire ou expert immobilier), afin de sécuriser l’opération et d’éviter tout conflit entre usufruitier et nu-propriétaire.

Dans la pratique, en démembrement temporaire, la revente de la pleine propriété avant la fin du démembrement s’avère quasiment impossible.

Le démembrement présente de nombreux atouts, mais également des contraintes qu’il vaut mieux anticiper avant de s’engager.

Le démembrement de propriété présente des atouts indéniables, mais il comporte aussi des contraintes qu’il convient d’anticiper avant de s’engager :

  • L’absence de revenus pendant le démembrement : investir en nue-propriété suppose d’accepter de ne percevoir aucun revenu pendant plusieurs années. Ce n’est pas une stratégie adaptée aux personnes ayant besoin d’un complément de revenus à court terme.
  • Le manque de liquidité : revendre sa nue-propriété ou son usufruit avant le terme du démembrement est possible en théorie, mais la liquidité reste très restreinte car il faut trouver soi-même un acheteur intéressé par ce seul droit.
  • Les relations entre usufruitier et nu-propriétaire : en cas de désaccord sur les travaux, les charges ou l’usage du bien, des conflits peuvent surgir. Cela est particulièrement vrai dans les contextes familiaux, où les enjeux émotionnels se superposent aux enjeux patrimoniaux.
  • La valorisation du bien : si le bien se déprécie sur la durée du démembrement, la stratégie d’investissement en nue-propriété perd de sa pertinence. Le choix de l’emplacement et de la qualité du bien reste donc primordial.

Le démembrement immobilier est un montage patrimonial qui ne s’improvise pas. Avant de vous lancer, il est fortement conseillé de faire appel à :

  • Un conseiller en gestion de patrimoine (CGP), pour évaluer si cette stratégie correspond à votre situation personnelle, votre horizon d’investissement et vos objectifs fiscaux.
  • Un notaire, pour sécuriser l’acte de démembrement, vérifier la cohérence juridique du montage et anticiper les conséquences successorales.

Votre conseiller peut également vous aider à comparer le démembrement de propriété avec d’autres solutions patrimoniales, et à construire une stratégie globale cohérente selon votre profil.

Benoit Yerle
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Benoît Yerle, diplômé en Ingénierie Economique et Financière de l'Université Paris Dauphine et conseiller en gestion de patrimoine depuis 2013. Expert en SCPI, produits financiers et produits exotiques.

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